La politique de PSF Suisse sur les médicaments


La vocation première de Pharmaciens Sans Frontières Suisse est d’améliorer l’accès des populations les plus vulnérables à des soins pharmaceutiques de qualité. Il nous semble important de souligner que le médicament, au cœur de nos actions, est un produit spécifique qui peut représenter des risques pour la santé s’il n’est pas utilisé dans de bonnes conditions. C’est pour cette raison que PSF Suisse n’accepte pas le don de médicaments non utilisés et qu’elle travaille exclusivement avec des fournisseurs locaux afin d’assurer le suivi et la qualité du médicament, tout en participant à développer l’activité économique des régions dans lesquelles elle intervient. PSF Suisse applique ainsi les directives de l’OMS. Explication!

 

Réception et déballage des médicaments à l’hôpital de Lugala (Tanzanie), mai 2018. © PSF Suisse

Le don de médicaments, comment ça se passe ?

Il s’agit d’un geste généreux mais qui appelle à quelques mises en garde. Le médicament est un produit spécifique qui peut représenter des risques pour la santé s’il n’est pas utilisé dans de bonnes conditions. Que ce soit dans des situations d’urgence ou non, le don de médicaments non utilisés (MNU) répond à des règles strictes et relève de normes et d’exigences de qualité.

Actuellement, de nombreuses associations humanitaires actives dans le domaine de la santé, telles que le CICR, le UNHCR, MSF ou PSF, se sont engagées à suivre les Principes Directeurs de l’OMS applicables aux dons de médicaments :

► amélioration de la qualité des dons de médicaments

► utilisation optimale des médicaments par les populations bénéficiaires

► développement des réseaux de fournisseurs officiels locaux (évitant ainsi le marché noir)

► cessation d’envoi de médicaments non utilisés (MNU) dans les pays qu’elles soutiennent.

Stock de médicaments, Sri Lanka, 2005.© PSF Suisse

Certaines directives sont à prendre en compte :

L’aide doit être adaptée aux besoins du terrain. Toute action doit être menée après une évaluation des besoins sur place ou sur demande précise émanant du personnel médical local.

Le médicament doit rester aux mains des professionnels de la santé. Les standards de qualité doivent rester les mêmes dans nos pays comme à l’autre bout du monde.

► Les médicaments non utilisés (MNU) collectés auprès de la population ne doivent pas avoir leur place dans l’aide humanitaire.

► Les dons de médicaments doivent respecter les politiques de santé du pays destinataire.

► Il faut éviter les aides ponctuelles et donner la priorité à une aide à long terme associée à une collaboration avec le personnel local et la création de réseaux d’approvisionnement locaux qui resteront en place après le départ des associations d’aide.

► Lors de l’envoi de médicaments, il faut tenir compte des problèmes d’acheminement et des risques de détournement.

PSF Suisse et le don de MNU : les risques pris en compte!

Depuis 1999, PSF Suisse s’est engagée auprès de la charte de l’OMS[1] régissant les dons de médicaments aux pays en voie de développement, s’engageant à ne plus travailler avec des médicaments récupérés. Bien que cela puisse sembler dommage, il est essentiel de se rappeler que le développement réellement durable mise sur le déploiement de mesures locales et sur l’autonomisation des populations défavorisées et que l’envoi de MNU a des conséquences lourdes et graves, d’un point de vue éthique, sanitaire et économique.

MNU de qualité non garantie

Les conditions de transport, de stockage et de distribution des MNU ne garantissent pas le maintien de la qualité initiale des produits envoyés.

MNU inadaptés aux situations

Les pays du Sud ou en situation d’urgence n’ont pas les mêmes besoins que les pays européens. Les médicaments d’usage courant en Suisse peuvent ainsi s’avérer inutiles puisqu’ils ne répondent pas aux profils épidémiologiques du terrain. La plupart d’entre eux ne sont par ailleurs pas conçus pour les conditions climatiques du Sud, à l’instar des suppositoires qui résistent mal à la chaleur. Enfin, en situation d’urgence, les interventions des équipes médicales en personnel réduit nécessitent un apport régulier en médicaments spécifiques aux pathologies locales (antibiotiques injectables, perfusions, etc.) et conditionnés de manière adaptée aux situations (format hospitalier).

MNU inconnus du personnel local

La plupart des boîtes de médicaments non utilisés envoyés ne portent pas l’indication de la dénomination commune internationale (DCI), mais seulement le nom de la marque, inconnue dans nombre de pays receveurs. Les notices sont, elles aussi, souvent écrites dans des langues que le personnel local de santé ne comprend pas. Cela engendre une potentielle mauvaise utilisation de ces médicaments.

Selon une étude de Pharmaciens Sans Frontières International, sur les centaines de tonnes de médicaments envoyés dans les zones sinistrées après le tsunami de 2004, 70% étaient inconnus dans les pays de réception.

MNU à durée de conservation trop courte

Beaucoup de MNU sont inutilisables car expirés, proches de la date d’expiration ou ne portant tout simplement pas d’indication de la date de péremption. Notons que les date d’expiration ne sont valables que si les conditions de stockage son appropriées (température, humidité et lumière adéquates). Le traitement de patients avec des médicaments expirés induit une réduction de la réponse thérapeutique et peut avoir de graves conséquences si la dégradation du médicament est significative.

Selon l’OMS, la consommation d’antibiotiques de mauvaise qualité, incluant les médicaments expirés et les contrefaçons, constitue l’un des principaux problèmes dans le développement des résistances antibactériennes dans les pays en développement.

Selon une étude de PSF International, sur les centaines de tonnes de médicaments envoyés dans les zones sinistrées suite au tsunami de 2004, 25% étaient périmés. 600 tonnes de médicaments périmés ont dû être directement éliminés, occasionnant un coût de 2’400’000 euros.

MNU coûteux pour les pays receveurs

Les efforts que le personnel sur place doit déployer pour trier, stocker et coordonner les médicaments non utilisés occasionnent des coûts financier, humain et d’espace, souvent peu disponibles dans les situations d’urgence.

Face aux quantités de médicaments envoyés, surtout suite aux catastrophes médiatisées, les capacités de stockage locales s’avèrent insuffisantes. Il faut donc sacrifier des espaces dans les centres de santé ou louer de nouveaux espaces pour pouvoir trier les MNU. Les dépenses relatives aux taxes, à l’entreposage et au transport dépassent ainsi souvent la valeur des médicaments eux-mêmes.

Les médicaments inappropriés ou périmés doivent finalement être éliminés par les pays destinataires, ce qui engendre des frais faramineux.

Lors des grandes inondations ayant eu lieu au Venezuela en 2000, 70% des médicaments ont dû être détruits. 16’000 dollars ont été dépensés pour engager du personnel afin de trier les MNU, tandis qu’une ligne de téléphone de soutien psychologique aux victimes a été fermée pour cause de manque de fonds.(Cf: Thomas M., Drug Donations: Corporate Charity or Taxpayer Subsidy? in War On Want, 2001)

Concurrence avec l’économie locale

Les MNUs peuvent déséquilibrer l’économie locale parce qu’ils entrent en concurrence avec les médicaments qui sont fabriqués sur place ou importés des pays avoisinants. De plus puisqu’ils ne suivent pas le circuit distribution habituel, ils peuvent alimenter le trafic de médicaments et sont revendus au marché noir, par des personnes sans formation adéquate, avec tous les risques que cela comporte.

Tous ces motifs poussent PSF Suisse a privilégié l’achat de médicaments génériques essentiels dans les centrales d’achat locales, renforçant ainsi les efforts fournis par les autorités pour créer un circuit de distribution pérenne.

[1] OMS, Principes directeurs applicables aux dons de médicaments, 1999. Cliquez ici !