Madagascar : une situation sanitaire préoccupante

CARNET DE TERRAIN – Alors que les cas de Covid-19 sont à la hausse depuis quelques semaines dans toutes les zones où le déconfinement a été entamé aux mois de mai et juin, Madagascar ne fait pas exception à la règle et voit sa situation épidémique s’aggraver. Retour avec Claire Bertin, Pharmacienne volontaire à Madagascar, sur la situation sanitaire du pays et les urgences qui sont celles du personnel soignant.


La covid-19 ne prend pas de vacances. En effet, juillet a été une période très épidémique à Madagascar. Commençant par Tamatave (Toamasina), la deuxième ville du pays, c’est ensuite la capitale Tananarive (Antananarivo) qui a suivi, avant que le virus se déplace dans les régions de l’Ouest, pourtant largement épargnées au début de la pandémie, mi-mars.

Comme on peut le voir dans le graphique, basé sur les données officielles de l’état malgache, le pic épidémique a été atteint en juillet. Ces données sont néanmoins fragiles, étant donné que le nombre de tests diminue et que les chiffres ne représentent pas ce qu’il se passe en zones rurales.

Si le Président de Madagascar a annoncé en août que la situation se stabilise, il évoque également que l’ouest est en phase ascendante. En effet, nous avons vu les cas augmenter à Mahajanga, ce qui a engendré un confinement plus sévère début août, notamment avec la fermeture de tous les commerces à 13h et l’arrêt des transports publics après 15h.

Cette situation devient de plus en plus compliquée à gérer d’un point de vue sanitaire, urbain et économique.

Depuis le 19 mars 2020, Madagascar est en état d’urgence (celui-ci ne cesse d’être renouvelé tous les 15 jours), ce qui provoque une forme d’isolement urbain. Depuis juillet, il n’y a plus de transports vers et venant de la capitale et les transports régionaux et nationaux vers d’autres provinces que la capitale sont à l’arrêt. Il n’y a plus non plus de vols intérieurs, sauf exceptions destinées au rapatriement des étrangers.

Les activités commerciales formelles et informelles sont également largement suspendues. Les bars, restaurants, gargotes et différents vendeurs de nourriture sont à l’arrêt, ce qui engendre une détresse économique importante et donc, aggrave la pauvreté auprès d’une population déjà vulnérable. Même l’accès à des loisirs comme la plage et des ballades sur la promenade de Mahajanga sont interdites. Ces circonstances particulières avaient déjà été évoquées lors d’un précédent article, à découvrir ici.

Cette pandémie met principalement en lumière les difficultés sanitaires : rupture des médicaments, inflation des prix, difficulté d’accès aux centres de santé sans transports. L’intervention de PSF Suisse a permis de soutenir le personnel soignant local tout comme les populations les plus défavorisées, grâce notamment au soutien financier de l’Ambassade de Suisse à Madagascar. À lire ou relire dans ce communiqué de presse.

Il est ainsi devenu une évidence que les centres de santé où intervient l’association s’impliquent dans la lutte contre la covid-19. Par exemple, ils recensent les cas suspects quotidiennement et transmettent les chiffres à la direction régionale de la santé publique. PSF Suisse a également appuyé ces structures par la fabrication de solution hydroalcoolique, la mise en place de protocoles de désinfection et prises en charges, la sensibilisation et la formation à la reconnaissance des cas ainsi qu’à la fabrication et à la distribution de masques testés afin de protéger les équipes de soignants et nettoyeurs.

Exemple de cours de sensibilisation destinés au personnel soignant.

La situation actuelle à Madagascar est compliquée. D’un point de vue sanitaire, le soutien des associations est nécessaire afin d’aider à canaliser la contagion. D’un point de vue économique, les mesures liées à l’état d’urgence provoquent une perte de profits pour les commerçants locaux, souvent impliqués dans des négoces informels, aggravant ainsi leur vulnérabilité économique. Il est actuellement question de trouver un équilibre entre ces différents points afin de protéger au maximum la population malgache.


Galerie photo