Le rôle du pharmacien dans l’action humanitaire : retour sur la table ronde du 4 mars
11 mars 2021

ACTU – Le 4 mars passé, Pharmaciens sans Frontières Suisse (PSF Suisse) a co-organisé une table ronde « Le pharmacien : une nécessité dans l’action humanitaire » avec l’Association des étudiants en sciences pharmaceutiques (AESP) et Médecins sans Frontières (MSF) réunissant jusqu’à 55 curieux.ses sur Zoom. À cette occasion, trois intervenant.e.s ont pu partager leur expérience dans l’humanitaire, sur le terrain ou en Suisse, et ont exposé les difficultés et les défis de l’action humanitaire, tout comme l’évolution du rôle du pharmacien dans ce contexte et son implication. Retour d’événement !


Intervenant.e.s

► Dr. Claire BERTIN, pharmacienne volontaire à Madagascar pour PSF Suisse et responsable de la mise en place de formations e-learning.

► Guillaume SCHIMDT, collaborateur de la section suisse de MSF et pharmacien.

► Sabina SOMMARUGA, co-fondatrice de PSF Suisse, responsable du projet Sans-Papiers en Suisse et pharmacienne

Modérateurs.trices

► La table ronde a été modérée par Chloé BADOIL, Célestin JACOT-DESCOMBES et Maxime PERON, tou.te.s trois membres de l’AESP.

L’expérience humanitaire : une vocation professionnelle pour réparer les maux

Dès le départ, les participant.e.s ont partagé les rencontres, les éléments et les décisions qui les ont menés vers cet engagement professionnel. Porté.e.s par le constat des inégalités profondes, notamment dans le milieu de la santé, les trois intervenant.e.s se sont dirigé.e.s vers des moyens d’action concret afin d’aider et d’accompagner les exclu.e.s des systèmes sanitaires. Leur formation de pharmacien était alors devenue le moyen qui leur permettrait peut-être de faire la différence : et si en mettant ces connaissances à profit, on pouvait changer la donne ?

« Aujourd’hui, le pharmacien a bien plus sa place sur le terrain qu’il y a 30 ans en arrière » Sabina SOMMARUGA

Certain.e.s sont partis sur le terrain, d’autres se sont investis pour des associations en Europe… Quel que soit le lieu d’action, ou la façon d’agir, le but est d’avoir un impact ciblé. Pour cela, Sabina SOMMARUGA a expliqué qu’il est primordial de savoir s’adapter aux différences culturelles et en apprendre plus pour exercer son métier dans les meilleures conditions. Guillaume SCHMIDT a abondé dans ce sens et a rajouté que, selon les populations concernées et les défis sur place, la profession de pharmacien.ne.s s’exerce différemment.

Les défis ! Continuellement au centre des préoccupations, notamment sur le terrain. En apprendre tous les jours demandent d’avancer avec humilité et de reconnaître que les solutions d’avant ne sont pas celles d’aujourd’hui. Sabina SOMMARUGA est revenue sur la distribution de médicaments non utilisés par PSF Suisse. Elle rappelle qu’au milieu des années 2000s, de nombreux problèmes liés à leur utilisation sur le terrain [pour en savoir plus, cliquez ici] ont demandé de revoir cette politique et d’avantager le travail en amont avec des fournisseurs locaux. Accepter de se remettre en question avait alors été la solution à des blocages importants, qui empêchaient le bon accomplissement d’une des missions primordiales du pharmacien : l’acheminement des médicaments.

L’acheminement des médicaments : le défi central du pharmacien humanitaire

Rapidement dans la discussion, une distinction importante a été mise en évidence par les intervenant.e.s : il peut exister une grosse différence dans les procédures de commandes et d’acheminement entre une intervention humanitaire d’urgence, comme le fait par exemple MSF, et une intervention d’accompagnement, comme le fait PSF Suisse.

Dr. Claire BERTIN a par exemple expliqué que PSF Suisse privilégie l’achat de médicaments avec des fournisseurs locaux afin d’établir des relations à long terme et d’assurer au personnel local de travailler avec des médicaments connus. Elle a également confié que l’état délicat des routes à Madagascar était souvent un défi supplémentaire parce que les retards sont parfois importants et impactent la bonne gestion de la pharmacie, qui ne peut effectuer des commandes que 3 à 4 fois par an. Guillaume SCHMIDT a quant à lui parlé des procédures de commandes internationales, notamment dans les situations d’intervention d’urgence. Les importations dépendent des législatures des pays d’intervention, plus ou moins souples en la matière, et doivent respecter les recommandations en vigueur. La prospection d’importateurs fiables est souvent accomplie avec des partenaires solides comme l’OMS ou l’UNICEF afin d’assurer la qualité du médicament.

La qualité du médicament est en effet une dimension essentielle pour assurer le bien-être général des populations. La Dr. Claire BERTIN a par exemple expliqué que la collaboration entre PSF Suisse et l’association Pharmelp a deux objectifs : détecter les contrefaçons de médicaments et sensibiliser à l’utilisation des médicaments génériques. Ces objectifs découlent de la réflexion au sein de PSF Suisse qui souhaite assurer la qualité des médicaments à moindre coût, étant donné que les subventions et les fonds financiers ne suffisent pas toujours. Guillaume SCHMIDT a d’ailleurs rebondi sur les défis liés à la détection du médicament contrefait, comme étant une des pierres angulaires de la sécurité sanitaire. Il a par exemple rappelé que pendant la crise de la Covid-19, beaucoup de masques contrefaits ont été vendus avec de faux certificats CE et que des protocoles renforcés ont alors vu le jour. Cette procédure plus stricte a eu pour but de protéger au mieux les personnes se trouvant dans les milieux où le risque de contamination est élevé, comme les soins intensifs en hôpital par exemple.

Covid-19 et autres maladies infectieuses : de l’importance de la prévention

Cet exemple sur la Covid-19 en dit long sur la complexité de sa gestion depuis maintenant plus d’un an. Beaucoup d’énergie a été déployée dans le but d’en freiner sa propagation ou d’en limiter ses conséquences funestes. Cette attention toute particulière a néanmoins eu des impacts terribles sur la prise en charge des autres maladies infectieuses et sur la santé globale.

Dr. Claire BERTIN énumère trois conséquences observées à Madagascar : le confinement a empêché l’acheminement des médicaments, les produits pour les préparations ont manqué et les autres maladies infectieuses ont été très mal prises en charge. Elle donne l’exemple de la dengue qui a sévit dans la région de Mahajanga, courant des mois d’avril et mai. En raison de symptômes relativement similaires entre la dengue, le paludisme et même la Covid-19, un diagnostic différentiel s’avérait délicat. Les tests en laboratoire étaient alors nécessaires mais malheureusement difficilement mis en place puisque les cas augmentaient sans cesse et les moyens à disposition diminuaient. Ce qui aurait pu aider ? La prévention !

Si celle-ci a été mise en place par tous les moyens concernant la Covid-19, notamment pour protéger les plus démuni.e.s et le personnel soignant [pour en savoir plus, cliquez ici], pour les autres maladies, les aides financières ont vite manqué. Dans ce sens, Guillaume SCHMIDT a notamment parlé des difficultés à vacciner de la rougeole la mère et l’enfant, notamment en raison de la peur de se trouver dans un centre de santé en période de Covid-19. Il est également revenu sur la diminution de la vaccination de la rage en Ukraine, où la production de vaccins s’est principalement orientée sur la Covid-19. Il a conclu en disant que le défi majeur en cette période covidienne est de rétablir la confiance pour que les patient.e.s reviennent dans les centres de santé et de maintenir la prévention pour les autres maladies.

« Pour s’investir dans l’humanitaire, il faut cette envie de faire quelque chose » Guillaume SCHMIDT

Considérations finales – que nous apprend cette rencontre ?

Cette rencontre, riche en situations concrètes, a démontré l’implication du pharmacien dans l’action humanitaire et son importance dans la prise en charge du/de la patient.e. Son rôle commence dans l’établissement d’une stratégie d’acheminement efficace adaptée aux lieux et à l’urgence d’intervention et passe par un processus d’accompagnement du patient.e.s, de conseil et d’écoute. Les tâches du pharmacien dans l’action humanitaire demandent des compétences polyvalentes, beaucoup de diplomatie dans les situations de négociation et une patience à toute épreuve. On ne peut que respecter et applaudir celles et ceux qui y investissent leur vie pour contribuer à sauver celles des autres.

« Je remercie la jeunesse de se motiver et s’intéresser à l’humanitaire ! » Sabina SOMMARUGA